Citations de Terry Pratchett


Terry Pratchett est un auteur anglais que j'aime énormément !
Son style ? Le Burlesque Fantasy... Ainsi que l'écrivent les éditions Atalante au dos de ses bouquins. Globalement, c'est du n'importe quoi mais terriblement structuré et affreusement observateur.
Sa série la plus connue est "Les annales du Disque Monde" ou "Discworld" en anglais. Déjà 23 livres traduits en français.

C'est quoi le Disque Monde ?

Comme son nom l'indique, c'est un monde qui est plat comme une pizza. Il voyge à travers l'espace sur le dos de 4 éléphants qui se tiennent debout sur une immense tortue. A partir de là, on imagine bien qu'il peut se passer à peu près n'importe quoi sur ce monde, ça ne paraîtra pas vraiment déplacé, la magie y est omniprésente. Et il s'y passe vraiment n'importe quoi. Et on y croise vraiment n'importe qui. Pour vraiment savourer ce qui va suivre, il faudrait avoir lu les livres, mais ce n'est pas obligatoire.
Une tortue avec 4 éléphants

Mes personnages préferés

Quelques citations

Pratchett a une façon pour le moins surprenante de décrire les choses les plus normales (ou les plus surréalistes) de façons à les rendre complètement surréalistes (ou absolument normales) et vice versa.


Les cours à l'Université de l'invisble

    Il se passait des tas de choses à l’Université de l’Invisible et, malheureusement, l’enseignement en faisait forcément partie. La faculté s’était depuis longtemps attaquée à la question et avait mis au point diverses techniques pour y échapper. Mais ce n’était pas un problème parce que, pour être juste, les étudiants avaient agi de même.
    Le système fonctionnait plutôt bien et, comme il arrive souvent dans ces cas là, avait pris valeur de tradition. Les cours avaient manifestement lieu puisqu’ils figuraient noir sur blanc dans l’emploi du temps. Le fait que personne n’y assistait était un détail secondaire. On soutenait à l’occasion que les cours n’existaient pas, mais personne ne s’y rendait jamais pour le vérifier. De toute façon, avait on avancé (en l’occurrence le lecteur de pensée embrouillée*), les cours avaient lieu en essence, tout était donc pour le mieux.
    En matière d’instruction, l’Université pratiquait donc l’ancestrale méthode qui consistait à mettre des tas de jeunes gens dans le voisinage d’un tas de livres en espérant que quelque chose passerait des uns aux autres, tandis que les jeunes gens se mettaient dans le voisinage d’auberges et de tavernes pour exactement les mêmes raisons.
    On était en milieu d’après-midi. Le titulaire de la chaire des études indéfinies donnait un cours dans la salle 3B, donc sa présence endormie devant le feu de la salle Peu Commune était un détail technique sur lequel le tact interdisait d’émettre le moindre commentaire.
    Ridculle lui flanqua un coup de pieds dans les tibias.
    "Ouille !
--Pardon de vous interrompre, titulaire, fit Ridculle pour la forme. Que les dieux me viennent en aide, faut que je réunisse le conseil des mages. Où sont-ils tous ?"
Le titulaire des études indéfinies se massa la jambe. "Je sais que l’assistant des runes modernes donne un cours dans la salle 3B**, dit-il. Mais je ne sais pas où il est réellement..."

*Ce qui est comme la logique floue, mais en moins bien.
**Tous les cours virtuels avaient lieu dans la salle 3B, une salle non seulement introuvable sur les plans de l’Université mais aussi, pensait-on, aux dimensions infinies.

L'univers

Il s’agissait d’un minuscule morceau de matière qui naquit brusquement du néant.
La Mort se rendit d’un pas raide au point d’arrivées et regarda attentivement.
Un trombone*.
Bon c’était déjà un début.
Il y eut un autre léger bruit sec, et un petit bouton de chemise blanc se mit à tournoyer tranquillement dans le vide.

*Beaucoup de gens pensent qu’il aurait dû s’agir d’une molécule d’hydrogène, mais les faits observés contredisent pareille idée. Quiconque a jamais trouvé un fouet à œufs jusque-là inconnu bloquant un innocent tiroir de cuisine sait que la matière brute se déverse en permanence dans l’univers sous des formes relativement développées, lesquelles apparaissent en général dans les cendriers, les vases, les boîtes à gants. Elle choisit son aspect de façon à ne pas éveiller les soupçons ; parmi ses manifestations les plus communes, citons les trombones, les aiguilles d’emballage de chemise, les petites clés de radiateur de chauffage central, les billes, les bouts de crayons, les pièces mystérieuses de divers ustensiles pour hacher les fines herbes et les vieux albums de Kate Bush. Les raisons qui poussent la matière à agir ainsi restent obscures, mais il est évident qu’elle a des idées derrière la tête.
Il est également évident que les créateurs d’univers préfèrent parfois le procédé du big-bang, mais qu’ils recourent aussi de temps en temps aux méthodes plus douces de la création continue. Ces dernières faisant suite à des études de cosmothérapeutes qui ont révélé que la violence du Big-Bang risquait de causer à l’Univers de sérieux problèmes psychologiques à l’âge adulte.

Les métaphores

La voix de la raison s’aperçut que, si elle ne se méfiait pas, elle allait finir aussi morte que le reste de Rincevent.


Les mains de Rincevent, elles aussi conscientes qu’elles allaient vivre des moments extrêmement passionnants et très brefs à moins de prendre les affaires en elle même, se tendirent lentement...


Les quatre cavaliers dont la chevauchée présage la fin du monde sont, tout le monde le sait, la Mort, la Guerre, la Famine et la Pestilence. (...) Les quatre cavaliers dont l’apparition annonce les jours fériés sont la Tempête, la Bourrasque, la Neige Fondue et la Voie à Contresens. (...)


Les cheveux (...) emmêlés comme un tuyau d'arrosage abandonné dans une remise*.

*Lequel, même soigneusement enroulé, se déroulera toujours pendant la nuit pour amarrer la tondeuse à gazon aux vélos.


Ridculle soupira.
"D'accord, les gars, dit-il. Pas de magie à table, vous connaissez l'règlement. Qui c'est qui joue au con ?"
Les autres grands mages le regardèrent fixement.
"Je... je... je crois qu'on peut plus y jouer, dit l'économe dont la raison menaçait toujours de dérailler, je... je... je crois qu'on a perdu les pièces..."

La Mort

"Pardon."
Rincevent se figea, les deux mains serrées sur son pied douloureux. Il ne connaissait qu’une personne dont la voix évoquait un cimetière au cœur de l’hiver.


"Avec lui dans le secteur, même l’incertitude est incertaine. Et je n’en suis même pas sûr."

Les ordinateurs

Des étudiants en magie ont fabriqué Sort, une machine à penser. A base de fourmis pour les calculs, de ruches et d'abeilles pour la mémoire, d'une souris pour... euh oui pourquoi au fait ?, de fromage (pour nourrir la souris), d'une plume pour écrire. La Mort, obligée de faire le boulot du père Porcher pour la nuit, discute avec Sort.
N.B. : Le père porcher est aussi appelé Père Noël dans d'autres coins du multivers.

"Tu penses, à ce qu'on dit. Calcule logiquement à quoi on arrivera si l'espèce humaine cesse de croire au père Porcher. Est ce que le soleil se lèvera ? Réponds."
Plusieurs minutes furent nécessaires. Les roues tournèrent. Les fourmis cavalèrent. La souris couina. Un sablier descendit sur un ressort. Il rebondit sans raison un moment puis remonta d'une secousse.
Sort écrivit : +++ Le Soleil ne Se Lèvera Pas +++
"Exact. Comment peut-on empêcher ça ? Réponds."
+++ Croyance Régulière et Constante +++
"Bien. J'ai un travail pour toi, machine à penser."
+++ Oui. Je Prépare un Champ de Mémoire d'Ecriture Seule +++
"Qu'est ce que c'est ?"
+++ Vous Diriez : Savoir dans Vos Os +++
"Bien. Voici tes instructions. Crois au père Porcher."
+++ Oui +++
"Est ce que tu y crois ? Réponds."
+++ Oui +++
"Est ce que... tu... y... crois ? Réponds."
+++ OUI +++
Un changement s'opéra dans le fouillis de tubes et de tuyaux qu'était Sort. La grande roue se positionna différemment en grinçant. De l'autre côté du mur parvint le bourdonnement d'abeilles en pleine activité.
"Bien."
La Mort fit demi tour pour s'en aller mais s'arrêta lorsque Sort se mit à écrire à toute allure. Il revint sur ses pas et lut le papier qui sortait.
+++ Cher Père Porcher, Pour le Porcher Je Veux...
"Oh non. Tu ne peux tout de même pas écrire une lett..." La Mort marqua un temps. "Tu peux, hein ?"
+++ Oui. J'ai le Droit. +++
La mort attendit que la plume se soit arrêtée et prit le papier.
"Mais tu es une machine. Les objets ne ressentent aucun désir. Un bouton de porte n'a envie de rien., même si c'est une mécanique compliquée."
+++ Tout ce Qui Est Lutte +++
"Très juste", reconnut la Mort. Il songea à de tout petits pétales rouges au tréfonds des ténèbres et lut la liste jusqu'au bout.
"Je ne sais pas ce que sont la plupart de ces articles. Je ne crois pas que ma hotte le saura davantage."
+++ Je le Regrette +++
"Mais nous allons faire de notre mieux, dit la mort. Franchement je serai bien content une fois la nuit finie. C'est beaucoup plus difficile de donner que de recevoir." Il fouilla dans sa hotte. "Voyons voir... Quel âge as tu ?"


Les cromlechs étaient relativement courants dans les montagnes. Les druides les bâtissaient  comme ordinateurs météorologiques et, vu qu'il revenait toujours moins cher de fabriquer un nouveau cercle de 33 mégalithes que d'augmenter la puissance de l'ancien désormais trop lent, on trouvait généralement des tas de vieux menhirs un peu partout.

Les inclassables

Madame Cake : terreur de tous les prêtres de toutes les religions du disque.
Les prêtres n'avaient pas souvent le même point de vue. Généralement au moment où elle se fâchait avec les prêtres* qui intercédaient en sa faveur auprès des dieux, madame Cake assurait déjà la décoration florale, l'époussetage de l'autel, le balayage du temple. le récurage de la pierre sacrificielle, la grattouille de bénitiers, le dépunaisage de sacristie, la lustration des vestigiales, le ravaudage de coussins et tout autre soutien religieux vital qu'apportait la seule force de sa personnalité, aussi son départ entraînait-il un véritable chaos.

*Madame Cake n'ignorait pas que certaines religions ordonnaient des prêtresses. Ce qu'elle pensait de l'ordination des femmes n'est pas imprimable. A Ankh-Morpork, les religions à prêtresses avaient tendance à drainer une foule de prêtres en civil d'autres confessions venant chercher deux, trois heures de répit quelque part où ils ne risquaient pas de tomber sur madame Cake.